Dans l’esprit de la courtoisie toute “mazelloise”, voici un bien joli texte rédigé par Charles, l’indispensable bras droit de notre maître de chai, que nous découvrons poète à ses heures :

Est-ce un signe des temps ?

Par une belle journée d’été, tôt le matin, je décidai de prendre la route afin de me détendre et  m’aérer l’esprit après une semaine rude en affaires. J’aime profiter, en toutes saisons, du calme et des senteurs matinales sur quelques routes et sentiers du sud de la région.

Ma BonneVILLE, fidèle jument, était toute excitée à l’idée de cette sortie champêtre qui devait se terminer par une bonne ration d’avoine 98, c’est là sa préférée.

Je m’en fus donc de bon matin, juste après le lever du soleil. Nous nous promenâmes, pour ainsi dire seuls, avec Bonnie pendant plusieurs heures, profitant du paysage de la vallée de la Molignée.

C’est au détour d’un chemin que nous vîmes une jeune équipée nous dépassant à vive allure. Encore de jeunes étalons japonais, assez colorés j’en conviens, lancés à vive allure par leurs cavaliers.

Mais quelle ne fut ma surprise quand déjà à quelques encolures devant nous, au même instant, nos jeunes cavaliers eurent de concert le même geste inconvenant.

Croyez-moi mes amis, ils levèrent tous trois légèrement la jambe, sans crier gare, ne tenant aucun cas de m’avoir derrière eux, encore si proche.

Je me confiai immédiatement à Bonnie; et oui, sire Albert s’en amuse toujours, lorsque je parle à mon cheval.

Je confiai donc à Bonnie ce que je pensais de ces jeunes rustres, qui se sont soulagés impudemment sans prendre les moindres précautions à mon égard.

Fichtre, me dis-je! Lorsqu’ un peu plus loin d’autres cavaliers nous dépassant à leur tour eurent la même attitude aussi impudente.

Y aurait-il eu, quelque épidémie d’aérophagie, en ces lieux, pour que tous les cavaliers que nous croisâmes fussent tous aussi peu courtois que civils.

Ce n’est qu’au retour sur Namur, que je rencontrai un ami de longue date, lui-même excellent  cavalier et fin connaisseur des bonnes auberges qui longent nos petites routes,  qui m’expliqua ce phénomène.

Non, tout ceci n’était nullement dû à une consommation excessive de féculents. Diantre ! Je fus abasourdi lorsqu’il m’expliqua que ces jeunes cavaliers ne faisaient qu’un bonjour de connivence et pour ne pas ralentir leur allure à leur risques et périls, ne voulant pas lâcher la bride, ils saluaient en levant légèrement la jambe. Je trouve l’attitude quelque peu « canine ».

Je ne sais ce que vous en pensez, Messire Henry et Sire Albert, ainsi que vous tous chevaliers! Mais il m’est clair que l’homme qui ne prend plus le temps de saluer son congénère est un homme perdu.

Ne peut-on ralentir légèrement l’allure pour saluer, ou bien même, opérer un léger soulèvement des doigts de la main? Un hochement de tête m’eût suffit, plutôt que ce geste que je trouve quelque peu déplacé.

Mais j’en viens à penser que tout ceci n’est qu’un signe des temps et je crois que là, pour la première fois je prends conscience de mon âge. A vous tous, cavaliers, chevaliers, Messires et gentes dames, c’est d’un léger geste de la main que je vous salue.